Les fairies en Écosse
Dans le premier article, on a découvert qui étaient les fairies, ces êtes fascinants et dangereux qui règnent sur le folklore écossais, leur vie et leurs habitudes. Dans le second article, nous sommes partis à la découverte des enchantements des fairies dont on a vu qu’elles avaient un goût prononcé pour l’enlèvement d’hommes, de femmes et d’enfants qu’elles emmenaient par la suite dans leur pays, Fairyland.
Mais que sait-on au juste de ce pays que personne ne semble pouvoir atteindre?
Fairyland, le lointain pays des fairies
Trouver Fairyland
Partout et nulle part: la localisation d'Elfand
On l’a vu dans les précédents articles, Fairyland n’est pas un pays en soi, situé dans à un endroit précis qu’on pourrait marquer sur une carte. Elfland, comme ce pays est appelé dans sa version originale, est à la fois nulle part et partout, dans les montagnes, les collines, les forêts, sous terre, sous les tertres, sous les eaux, sur les îles, etc. C’est un lieu liminal, un entre-deux du paysage écossais: il est tout ce que le monde des humains n’est pas, ce qui explique que les humains y arrivent souvent par inadvertance. D’ailleurs on a vu que de nombreux lieux portent un nom directement en rapport avec les fairies et sont donc connus pour faire partie d’Elfland comme Dalnasheen, « Le champ de la colline des fée ».
Ce monde, parfois décrit comme n’ayant ni lune ni soleil, compte de nombreuses portes d’entrée comme les puits, les arbres anciens et les plantes (l’aubépine en premier) les lochs ou encore les fameux ronds de sorcières appelés Fairy rings outre-manche.
Quoi qu’il en soit, ce monde est à la fois invisible et tout autour de nous: le monde des humains, qu’on appelait au Moyen Âge « Middle Earth » en Écosse (non, Tolkien n’a rien inventé!), a beau être séparé de celui des fairies, celles-ci peuvent se mouvoir sans aucune difficulté entre les deux, étant elles-même des êtres liminaux. D’ailleurs, on raconte qu’on les rencontrent plus souvent au crépuscule, heure liminale de la journée.
En tous cas, pour éviter de mettre les pieds par inadvertance dans le pays des Fairies, on évitait de s’éloigner des villages, de se balader dans les forêts, près des fleuves et sur les collines.
Toutefois, pour les plus aventureux, on a quelques indices sur la façon d’y aller…
La route vers la terre des Fairies
Les fairy rings semblent être des portes d’entrée de choix pour rejoindre les fairies. Ces marques circulaires sont réputées matérialiser le cercle que font les fairies quand elles dansent et chantent en cercle, une des manières dont elles attirent les humains naïfs pour mieux les enlever. On raconte également que les cercles de pierres dressés matérialisent les danseurs, fossilisés par la lumière de l’aurore alors que, dans l’ivresse de la danse, ils oubliaient de retourner chez eux avant que le jour ne se lève.
Quant à la route qui mène à Elfand, les rares témoins l’ont surtout vu par accident. Le cas le plus connu est encore une fois Thomas the Rhymer qui fait le long voyage avec la reine des fairies qui l’a enlevé. Ils font le chemin à cheval en passant par des paysages innombrables: une caverne quais inondée, un verger etc. D’ailleurs, passer des barrières d’eau est souvent nécessaire pour arriver dans l’Autre-Monde, ce qui explique assez logiquement que les histoires de personnes poursuivies par des fairies ont pu s’échapper en traversant une rivière! Toujours est-il que dans son périple jusqu’à Elfland, Thomas voient trois routes, mais celles-ci ne lui sont révélées que lorsqu’il pose sa tête sur le genou de la reine des fairies, un motif assez courant dans le folklore écossais: les « non voyants » n’ont accès aux visions qu’en touchant le pied ou l’épaule d’une fairy par exemple. Ces trois routes explicitent d’ailleurs assez bien ce qu’est le pays des fairies: une route est simple mais sans gloire, l’une est rude mais mène à la vertu et la 3ème est un entre-deux… et c’est bien sûr la route vers Fairyland!
À part ce « témoignage » dans ce conte écossais le plus célèbre, rares sont les mentions de la route qui mène aux pays des fairies. Les procès de sorcières en font d’ailleurs très peu mention.
Le secret reste bien gardé…
Description
Mais à quoi ressemble ce pays fantasmé? Les descriptions sont assez unanimes: Elfand est une sorte de paradis. Dans Thomas the Rhymer, c’est un endroit luxuriant, avec des arbres fruitiers, des fleurs et des fairies richement habillées. Dans le conte King Orfeo, il est question d’un hall immense où on joue une merveilleuse musique, dans The wee wee man, c’est un vert pays, où l’on danse sur de la belle musique, dans un château au toit doré et dont le sol est en cristal.
Les procès en sorcellerie évoquent les merveilleuses cuisines des fairies, remplies de pièces de bœufs qui rôtissent, de salles éclairées par une multitude de chandelles et des feux éternels…
Bref, Elfland est un pays riche, dont les descriptions reflètent à la fois les fantasmes des humains des différentes époques et très probablement les manques d’une population parfois pauvre.
Ce monde, entrevu rapidement par les humains, a, dans les textes, la fâcheuse tendance à disparaitre comme par enchantement.
Enfin, rappelons-nous qu’y aller a un prix parque ce que le temps y est différent : quelques minutes ou une soirée au pays des fairies équivaut à des années dans notre monde, voire à des siècles. Les humains qui en sont revenus ont vieilli d’un coup ou, pour les plus malchanceux qui sont partis trop longtemps, ils sont redevenus poussière à l’instant où ils ont remis les pieds dans le monde des mortels.
Structure politique
On sait finalement peu de choses de ce monde étrange et lointain, si ce n’est qu’il semble être dirigée par une sorte d’aristocratie, si on en juge par leurs activités, aristocrates s’il en est: chasse, musique danse… Évidemment il y a des fairies laborieuses comme les brownies mais, dans les contes, ce sont surtout les fairies de la cour que l’on rencontre. Toutefois, l’apparition de la figure de la reine des fairies, incontournable reine des contes écossais, ne serait apparu que tardivement dans les Highlands alors que les Lowlands (les régions près de la frontières anglaises), elle serait apparue beaucoup plus tôt.
Les fairies les plus anciennes n’auraient ni nom, ni titre aristocratique, ce qui laisse entendre que les récits oraux du folklore se seraient peut-être enrichis de ce qui se racontait dans les milieux aristocratiques écossais. Finalement, les fairies vivent dans un monde dont la structure fait écho à celle des humains: elles ont des tribus, des ordres sociaux, elles se marient, meurent, sont enterrées…
Finalement, comme certains chercheurs le prétendent, le monde des fairies n’est peut-être qu’une inversion des préoccupations et des inquiétudes des populations contemporaines…
Voilà, vous savez tout sur les fairies! Il existe de nombreux livres sur le folklore écossais et sur les contes d’Écosse. Je vous conseille particulièrement la lecture de ceux en anglais, si vous êtes à l »aise avec la langue de Shakespeare!
Si vous voulez faire durer un peu la magie de ces trois articles, n’hésitez à faire un tour sur la boutique et plus particulièrement à allez voir le pack « Fées et sorcières »
Si vous allez en Écosse, faites bien attention de ne pas vous mettre les fairies à dos!
Ysae
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Sources
- Lizanne Henderson, Edward J. Cowan, Scottish Fairy Belief: a History, Tuckwell Press, 2001
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